mardi 25 novembre 2008 à 22H19

Débat des chefs: bilan des points abordés

À deux semaines du vote de la présente élection provinciale québécoise, les leaders des trois principaux partis politiques se sont affrontés ce mardi soir lors du débat des chefs.

Jean Charest, premier ministre sortant et chef du Parti libéral du Québec, a alors fait face à un feu nourri de critiques lancées par ses adversaires, les chefs du Parti québécois et de l'Action démocratique du Québec, Pauline Marois et Mario Dumont.

Déclarations d'ouverture

Alors que Jean Charest a insisté sur son thème principal de campagne, l'économie, il a demandé aux Québécois de se donner un gouvernement de stabilité avec le PLQ. Pauline Marois a quant à elle blâmé Jean Charest pour avoir déclenché des élections en période de crise et d'avoir refusé la main tendue qu'elle lui prêtait, tout en lui reprochant de ne pas avoir dit la vérité sur des sujets comme la Caisse de dépôt. Mario Dumont a quant à lui immédiatement vanté les Québécois ayant voté pour son parti en 2007, affirmant que le fait d'avoir placé l'ADQ dans l'opposition officielle a donné des résultats concrets comme la fin des «accommodements déraisonnables».

Santé, leadership et gouvernance

La première question du public concernait le fait qu'une majeure partie de la population était contre le déclenchement d'élections et est désintéressée des questions politiques.

Mario Dumont a profité de cette question pour rappeler que la population ne voulait pas de ce scrutin, mais que les gens ont maintenant le pouvoir entre les mains. Jean Charest a alors affirmé qu'une situation de gouvernement minoritaire n'est pas le meilleur moyen d'affronter la crise économique et que l'élection est une chance de donner au Québec une gouvernance stable. Pauline Marois a quant à elle répété que Jean Charest n'a pas voulu de l'aide de l'opposition en temps de crise. «Il a lâché le volant complètement» a-t-elle affirmé.

Lors des échanges, Mario Dumont est revenu sur les solutions en santé et que son parti propose un système de santé mixte. Le premier ministre sortant a alors rétorqué par ses accomplissements en santé et est revenu sur les thèmes de campagne qui touchent les médecins et les infirmières ainsi que les aînés. Il a aussi reproché à M. Dumont de vouloir couper deux milliards de dollars de dépenses gouvernementales et a accusé l'adéquiste de faire peur aux Québécois sans dire où il coupera. Il a aussi traité Mario Dumont d'insensible en ayant comparé les soins de santé et les factures de restaurants.

Jean Charest a par ailleurs frappé à nouveau sur le bilan en santé des gouvernements péquistes qui ont précédé son administration et un virulent échange a eu lieu avec Pauline Marois. Celle-ci a affirmé que le système avait été sauvé à l'époque des gouvernements du PQ, ce à quoi le chef libéral a rétorqué que la leader péquiste ne reconnaissait pas ses torts. «Votre bilan est un fiasco» a alors affirmé Pauline Marois, qui a soutenu plus tard que Jean Charest «s'essuyait les pieds» sur elle. Elle a aussi échangé avec Mario Dumont sur le privé en santé.

Économie et finances publiques

En matière d'économie, la question portait sur les mesures prévues pour les familles touchées par la crise économique mondiale.

Jean Charest a rappelé des mesures proposées par son parti pour aider les familles, notamment pour les aînés qui décident de rester sur le marché du travail et qui profiteront de moins d'imposition. Pour sa part, Pauline Marois est revenue sur la question de la Caisse de dépôt. Mario Dumont a quant à lui rappelé que l'ADQ protégera la classe moyenne.

Lors des échanges, le chef libéral a reproché à ses adversaires de vouloir créer de l'endettement hypothécaire. Mario Dumont est à son tour revenu sur les questions de la Caisse de dépôt et également sur les critiques qui concernent la mise à jour économique du 4 novembre dernier. Jean Charest a quant à lui affirmé que la Caisse de dépôt et de placements est indépendante du gouvernement et qu'elle doit le rester. Il a aussi affirmé qu'actuellement au Québec, il n'y a que Mario Dumont et Pauline Marois qui veulent que la Caisse rende publics ses rendements.

Pauline Marois est ensuite revenue sur la crise manufacturière et forestière, reprochant au gouvernement la perte d'emplois bien rémunérés et des plans qui n'ont pas fonctionné. Lors de son échange avec Mario Dumont, Pauline Marois lui a reproché les mesures qu'il propose en coupant dans l'aide sociale. Elle a aussi affirmé qu'elle était la seule chef alentour de cette table à avoir déjà fait face à un ralentissement économique en temps de gouvernance. Le leader adéquiste a quant à lui reproché à ses deux adversaires d'avoir fait des promesses mirobolantes lors de la campagne, soit 6,6 milliards en tout pour le PQ et 7,8 milliards pour le PLQ. «C'est pas réaliste» a-t-il affirmé, ajoutant que la classe moyenne en a assez de payer.

Le reste du débat ouvert a été largement dominé par la question des révélations sur la Caisse de dépôt et de placements.

Éducation et famille

En matière d'éducation, la question a porté sur moyens concrets pour améliorer le système, mais touchait aussi les classes trop nombreuses et la lourdeur administrative.

Pauline Marois a soutenu que la question de la grosseur des classes est un thème qui lui tient à coeur, alors que Mario Dumont a affirmé que l'éducation est son thème principal de campagne tout en rappelant les mesures et les valeurs prônées par son parti, dont la rigueur et la valorisation de l'effort. Jean Charest a quant lui rappelé les investissements de 120 milliards de son parti pour aider les professeurs tout en reprochant aux anciens gouvernements péquistes d'avoir mis à la retraite des experts en la matière.

Lors des échanges, Pauline Marois a pris la balle au bond et a reproché à Jean Charest de toujours répéter le même message en mettant constamment le blâme sur les administrations du PQ. «Il n'est pas capable de défendre son bilan» a affirmé la leader péquiste tout en rappelant que les libéraux sont au pouvoir depuis six années. «Il s'est traîné les pieds» a-t-elle ajouté, en parlant d'éducation et des places en garderies. Jean Charest a alors répondu que son gouvernement a hérité d'un déficit de 4,3 milliards de dollars. «C'est la réalité, Mme Marois», affirmant que la chef péquiste n'aimait pas l'entendre.

Mario Dumont a quant à lui reproché à Pauline Marois sa réforme du système d'éducation, qui «prépare moins bien nos enfants pour la vie». Pauline Marois a alors ressorti un article de journal où le chef adéquiste vantait la réforme de l'éducation qu'elle avait mise en place dans les années 1990. «Retournez-vous vis-à-vis M. Charest, qui n'a pas su gérer le bateau» a ajouté Pauline Marois.

Jean Charest a pour sa part reproché à Mario Dumont de ne pas spécifier où il allait sévir dans les services quand il affirme qu'il va couper deux milliards de dollars. «Vous n'avez rien réparé de la réforme Marois» a rétorqué Mario Dumont, ajoutant que le gouvernement libéral s'est seulement occupé des bulletins scolaires.

Le Québec de demain

La dernière question portait sur le poids démographique du Québec. Elle touchait aux mesures envisagées par les partis pour renverser la tendance à la décroissance et les effets sur le représentativité à Ottawa.

Pauline Marois a profité de l'occasion pour blâme le gouvernement fédéral conservateur de Stephen Harper, qui reconnaît d'une part la nation québécoise et qui d'autre part veut enlever du poids représentatif au Québec. Mario Dumont a quant à lui affirmé que ce dont le Québec a besoin, c'est de plus d'enfants et que, par ailleurs, la province a peur actuellement de faire des demandes à Ottawa. Jean Charest s'est identifié comme le seul chef au Québec à voir les mains libres face au fédéral, reprochant notamment aux adéquistes de s'être liés aux conservateurs.

Lors des échanges, Mario Dumont a entre autres reproché aux péquistes de ne pas être clairs sur leurs positions face à un éventuel référendum sur la souveraineté. Pauline Marois a alors affirmé que pour être pris au sérieux, il faut avoir un rapport de force et que Jean Charest a abandonné celui-ci face à Ottawa. Elle a ajouté qu'elle n'abandonnerait aucun moyen, y compris un référendum, pour faire avancer le Québec. Elle a affirmé qu'elle ne se privera pas de la possibilité de tenir un référendum.

Mario Dumont a par ailleurs reproché au gouvernement Charest de ne pas intervenir sur la question de la contrebande de cigarettes. Jean Charest a alors vanté les mesures prises en la matière par son administration, rappelant que le député adéquiste de Beauce-Sud a félicité le gouvernement à ce sujet.

Jean Charest a par la suite eu un échange virulent sur la question de la nation avec Pauline Marois, reprochant aux péquistes et aux adéquistes de s'être entendus pour ouvrir à nouveau la constitution. La leader péquiste a quant à elle reproché au premier ministre sortant d'avoir plié les genoux devant Ottawa. Jean Charest a par ailleurs rappelé les ententes avec Ottawa et énuméré la liste de ses accomplissements, ce qui s'est fait sans rouvrir la constitution. Plus tard dans le débat, Jean Charest a reproché à Pauline Marois de vouloir rajouter à la crise financière une crise constitutionnelle.

Lors des mots de clôture, les chefs ont rappelé leurs principaux engagements.


par Olivier Caron


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